Je viens de trouver dans un livre - la société du jugement de Nicole d'Almeida chez Armand Colin 2007- un texte sur le pourquoi faire un blog qui me convient vraiment très bien.
«L’acte de création d’un récit peut être interprété comme acte de création d’un monde et de création de soi. (...) Par le récit l’individu reprend pied dans le cours du monde. (...) Faire un récit c’est proposer une interprétation, proposer du sens dans un monde où le sens est de moins en moins apparent, construire une identité active dans un contexte de déresponsabilisation et enfin retrouver une forme de collectif dans un cadre d’individualisation de l’activité et des relations professionnelles.»
Que ces choses-là sont bien dites...
vendredi 22 février 2008
Le voyage

Dans les voyages ce que j’aime c’est la destination, pas le départ ni le trajet
Plus jeune, je voulais découvrir. Aujourd’hui, je veux réapprivoiser, arriver dans des lieux où j’ai déjà eu mes habitudes, ne fut-ce que rapidement, et rebâtir de là en y mettant ce qu’il y a de changé en moi. En fait, découvrir encore mais en plus «pointu» ou en plus profond.
mardi 5 février 2008
Il y a des moments comme ça, comme ce soir, où j’ai envie de crier «oh bonheur»!
En dépit de la neige qui n’arrête pas de tomber un jour sur deux, (pas tannés de pelleter, vous?),
de la bourse qui tombe par paliers (saviez vous que les cours de bourse pourraient être directement liés à la météo?). J’ai cuisiné une blanquette de poulet aux cèpes, préparé un gravad lax de truite (un jour j’ajouterai à ce blog une liste de recettes) et me suis fait une tisane d’échinacée pour empêcher que mon nez qui coule discrètement ne devienne une fontaine.
Et là, contrairement à mes résolutions, je me prépare à une soirée télé, non, pas le super Tuesday des présidentielles américaines, simplement deux feuilletons, bien mélos, tout dégoulinants de drame et de bons sentiments : le confort de l’âme. Il faudra bien finir par les nouvelles et savoir qui de Hillary Rodham ou Barack Obama a gagné.
Bonne soirée….
vendredi 1 février 2008
15h30, presque l'heure du thé.
Début de tempête, bien à l’abri dans mon igloo. Je m’apprête à regarder tomber la neige pendant 48 heures.
Samedi, j’ai eu 60 ans. Enfants et amis m’ont incroyablement gâtée. La maison est encore pleine de ballons et de bouquets et ma tête de mots d’amour. Merci la vie !
Plus je travaille, plus je réfléchis, plus j’ai l’impression de me retrouver à la place de l’architecte dans la citation qui suit. Imaginez après près de 38 ans de carrière. J’ai ajouté, entre parenthèses, d’autres «métiers» pour que ce texte corresponde mieux à ma réalité. Vieillir, est-ce synonyme de douter ?
«Un architecte (un praticien) est un homme qui sait très peu de choses sur un très grand nombre de sujets et qui, progressivement, en sait de moins en moins sur un nombre toujours plus grand de choses, jusqu'à ce qu'il ne sache pratiquement plus rien sur à peu près tout...
Au contraire, un ingénieur (un chercheur) est un homme qui sait beaucoup de choses dans des domaines très limités et qui, au cours de sa vie professionnelle, en sait de plus en plus sur des sujets de plus en plus limités, jusqu'à ce que, finalement, il sache pratiquement tout sur à peu près rien...
Un entrepreneur (l’étudiant au doctorat) commence par savoir tout sur tout mais finit par ne plus rien savoir sur rien, tout comme il commence à ne rien demander sur tout, mais finit par tout demander sur rien...
Le Maître de l'Ouvrage (autrement dit, le client) (l’étudiant de premier cycle), qui ne sait rien sur rien, laisse entendre que ceci est dû, en ce qui le concerne, à la fréquentation des Architectes, des ingénieurs et des entrepreneurs...
En particulier, le surveillant du Maître de l'Ouvrage (le fonctionnaire du Ministère de l’éducation) qui, au début de sa carrière peut croire qu'il surveille tout sur son chantier, finit par se rendre compte que ce que les Architectes et les Ingénieurs lui demandent de surveiller est de plus en plus soumis à la bonne volonté de l'entrepreneur, lequel lui en cache de plus en plus, si bien que le surveillant finit par tout surveiller sur pratiquement rien et par ne rien surveiller sur à peu près tout…»
mercredi 16 janvier 2008
19h30, petite musique de jazz, dehors il fait noir et froid.
Je ne veux plus regarder la télévision, mais c’est un piège si tentant.Que faire quand on est seul et fatigué par une journée de travail? Créer, lire, rêver à la limite de l’éveil pour ne pas hypothéquer la nuit de sommeil?
En réfléchissant à ce blog je me rends compte de la vanité de l’effort. Personne ne le lira parce que personne ne le trouvera perdu dans les quelques milles blogs créés chaque jour, sédiment épais par-dessus tous ceux qui existent déjà . Et les moteurs de recherche ne viendront jamais pointer ce blog faute de lecteurs ou d’autres blogueurs qui y réfèrent. Il faudra bien plus de 60 autres années d’écriture régulière pour que mes textes surnagent. Trop tard. J’ai commencé trop tard.
À défaut de créer ce soir, pas d’inspiration ni de volonté de courir après, je vous laisse avec un dessin de mon meilleur ami de 5 ans, Ludovick.
vendredi 4 janvier 2008
Je me remets en question pour fêter mes soixante ans comme je l’ai fait presque tous les 10 ans. À 20 ans, je suis partie vivre au loin… et j’y suis restée. À trente, j’ai pris les enfants sous le bras pour poursuivre le chemin sans leur père. À 40 et à 50 j’ai changé d’emplois. À chaque rupture, ses raisons, à chaque palier, ses priorités, ses passions, ses intolérances, ses allergies . Les valeurs cristallisent, le regard s’aiguise.
Sur le site de l’émission par 4 chemins, un ancien texte de Jacques Languirand présente la vie en 7 étapes : de la plus traumatisante : la naissance , à la vieillesse et la mort.
«On se trouve ici devant une contradiction apparente. D'une part, il paraît de plus en plus évident qu'il faut, parvenu à la soixantaine, éviter de rompre avec ses habitudes. De travail, en particulier. Et sexuelles.
D'autre part, la pensée traditionnelle enseigne qu'à soixante ans, le temps de l'action est passé. En général, on n'agit plus directement sur les événements et les hommes. Mais par le biais du conseil inspiré par l'expérience. La fonction n'est plus la même: vers la soixantaine, on devrait renoncer au pouvoir et passer du côté de l'autorité, c'est-à-dire, si j'applique ce concept à la structure du monde des affaires, ne plus se définir au niveau de l'exécutif, parmi ceux qui opèrent la machine au jour le jour, mais passer au niveau du conseil d'administration, parmi ceux à qui on rend des comptes, qui observent le fonctionnement de la machine avec un certain recul et décident des grandes orientations.
(…)
La vieillesse, c'est le bout de l'âge. Si les autres étapes de la vie ont été relativement bien vécues, l'être doit parvenir dans la vieillesse à son plein épanouissement. La vieillesse est un âge de disponibilité: l'être est moins sollicité par l'action; et c'est aussi, en principe, l'âge du déconditionnement. L'être arrive à un dépouillement, à une libération. Et, en particulier, à une libération relative par rapport à son propre programme.
Depuis la naissance, l'être est conditionné par ses gènes; par ses glandes qui sont les clés du véhicule de l'incarnation : le moment venu, par exemple, la sexualité s'éveille en lui - mais il croit que c'est librement qu'il modifie ses habitudes vestimentaires et sa coiffure...
Par ailleurs, depuis le moment de sa conception, une interaction existe entre le milieu et lui; il se trouve donc aussi conditionné par le milieu dans lequel il vit. Lorsqu'on atteint la vieillesse, il est possible de se libérer relativement du programme : de s'identifier un peu moins au Moi, au corps et à la personnalité, pour s'identifier davantage au SOI, à l'individualité, à ce qu'il y a d'éternel en chacun de nous - qui se trouve au-delà des sensations, au-delà des émotions, au-delà même des pensées.
La sagesse est liée à l'âge. Il y a, bien sûr, des exceptions à cette règle, mais on peut dire que, règle générale, il est pratiquement impossible d'atteindre la sagesse avant de parvenir à l'étape de la vieillesse, parce qu'il est pratiquement impossible de se libérer plus tôt du programme.
Dans toute démarche qui vise à se libérer plus tôt du programme, il faut prendre garde de ne pas transformer un désir de réalisation en refoulement systématique bien qu'inconscient. En revanche, parvenu à la soixantaine, on devrait profiter de la possibilité qui s'offre de se libérer relativement du programme et consacrer une grande partie de son temps et de son énergie, à sa réalisation intérieure. »
Si c’est le dernier palier avant la mort, raison de plus pour le fleurir, le parcourir lentement, en savourer chaque instant, s’ouvrir aux autres et à la nouveauté.
mardi 1 janvier 2008
Premier jour de l'année avec son lot de résolutions souvent irréalistes. Mais il y en une à laquelle je tiens: réduitre le temps de télévision pour augmenter le temps de réflexion. Car malheureusement pour moi les journées n'ont toujours que vingt quatre heures et je suis née avec un grand besoin de sommeil...
Cette année, pour moi, commence dans la solitude. Que signifie la solitude dans la soixantaine? On devrait plutôt dire les solitudes. Il y en a tant de différentes: des souhaitées, d'autres résultats de hasards, des bonnes et des délétères, des heureuses et des noires, les conséquences d'un choix ou celui de l'exclusion.
Il y a la solitude par opposition à la vie de couple. Est-ce faire preuve d’autonomie ou d’égoïsme, de grande sociabilité ou d’asociabilité, de décider vivre et d'aimer vivre seule?
Autonomie : forcément, seule il faut s’efforcer de faire les choses soi-même et donc être en apprentissage constant. Bien sûr, il est possible de demander de l’aide pour l’infaisable mais j’ai toujours l’impression quand je le fais de demander la charité.
Égoïsme : on peut n’écouter que soi et faire uniquement ce qui nous plait. Mais plus souvent, pour moi, être seule s’est être disponible aux autres, et non plus seulement à un autre, être à l' écoute de l’inconnu, aux causes sociales ou simplement à ce qui se passe, au moment présent.
La solitude choisie, assumée, bien vécue est une des plus belles retombées d’une individualité bien construite et solide. Individualité qui, pour moi, dès que je suis en couple, se dilue, s’efface jour après jour me retirant capacité de décision et créativité.
Mais alors, la solitude délibérément choisie à 60 ans? Peut-être que « délibérément choisie» n’est pas le terme exact, qu’il est le résultat d’une rationalisation très intellectuelle de mes échecs amoureux. Mais chaque échec est venu renforcer l’idée que la seule personne qui ne me lâchera jamais et qu’il faut vraiment que j’apprivoise c’est moi-même. Il faut que j’assume faiblesses et forces, goûts et dégoûts, plaisirs et ennuis. Que je reconnaisse et accepte toutes les contradictions qui m’habitent. Et en cela l’âge m’a vraiment aidé.
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